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Surendettement en France: 5 Étapes pour S'en Sortir Vraiment

Un matin de janvier 2024, j’ai accompagné un proche à la Banque de France avec une chemise cartonnée pleine de lettres de relance et d’avis d’huissier. La honte qu’il ressentait était palpable. Ce qu’il ne savait pas encore, c’est que la procédure de surendettement — entièrement gratuite, encadrée par l’État — allait suspendre toutes les poursuites en quelques semaines.

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  • En 2025, 148 013 dossiers ont été déposés, soit +9,8 % sur un an, et le T1 2026 affiche déjà +14,1 %.
  • Si votre dossier est déclaré recevable, toutes les saisies et poursuites sont suspendues automatiquement, sans frais d’avocat.
  • Comparez vos relevés des 3 derniers mois avant de déposer — un simple regroupement de crédits suffit parfois à éviter la procédure.

Êtes-vous Vraiment en Situation de Surendettement ?

La réponse n’est pas évidente. Le surendettement est défini légalement par le Code de la consommation comme l’impossibilité manifeste pour un particulier de bonne foi de faire face à l’ensemble de ses dettes non professionnelles. Aucun seuil chiffré n’est fixé par la loi : aucun montant ou pourcentage de dettes ou revenus n’est fixé ; il appartient à la commission d’apprécier la situation.

Ce que la procédure ne couvre pas, c’est important à savoir. Certaines dettes sont exclues, telles que les dettes alimentaires, les amendes et dommages-intérêts liés à une condamnation pénale, les prêts sur gage et les créances frauduleuses auprès d’un organisme social.

Avant de déposer quoi que ce soit, il est conseillé d’arrêter immédiatement toute nouvelle souscription de crédit, d’établir un budget précis avec ses revenus et ses charges, et de prendre contact avec un Point conseil budget (PCB) pour vérifier que la procédure est bien adaptée. Les associations rappellent qu’un simple regroupement de crédits ou un délai de paiement négocié à l’amiable suffit parfois à éviter le dépôt.

La bonne nouvelle : en moyenne, ces dernières années, environ 95 % des dossiers de surendettement déposés ont été acceptés par les commissions. Autrement dit, si votre situation est réelle, vous avez toutes les chances d’être accompagné.

Étape 1 — Constituer et Déposer le Dossier

C’est la première étape concrète, et elle est plus simple qu’elle n’y paraît — mon proche l’a bouclée en une matinée. Le dossier peut être déposé en ligne, par courrier ou au guichet d’une succursale de la Banque de France. Il n’y a aucun frais à aucune étape — ni pour le dépôt, ni pour l’instruction, ni pour la mise en place de la solution.

Le formulaire à remplir est le cerfa n°13594. Les pièces justificatives obligatoires incluent une copie de pièce d’identité recto-verso, le dernier avis d’imposition, les bulletins de salaire ou attestations Pôle Emploi des 3 derniers mois, les relevés bancaires récents (tous comptes, avec IBAN), les justificatifs de loyer ou charges courantes, ainsi que la liste détaillée des créanciers et sommes dues avec contrats de crédit.

Méfiez-vous de toute société qui propose de vous aider à monter le dossier contre rémunération. C’est inutile et potentiellement illégal. Si vous avez besoin d’aide, les travailleurs sociaux, les Points conseil budget et certaines associations comme Cresus accompagnent gratuitement les personnes qui ne se sentent pas à l’aise pour remplir le dossier.

Un conseil pratique : avant d’envoyer le dossier, vous pouvez vous assurer auprès d’un agent de la Banque de France qu’il ne manque rien, en composant le 34 14. Ce numéro est au coût d’un appel local — utilisez-le.

Étape 2 — L’Instruction du Dossier et la Décision de Recevabilité

Une fois le dossier envoyé, les choses bougent vite. Le secrétariat vérifie que votre dossier comporte les informations minimum nécessaires ; s’il est complet, il vous envoie par courrier et sous 48 heures une attestation confirmant le dépôt de votre dossier.

Attention : ni vos créanciers, ni votre banque ne sont informés du dépôt de votre dossier à ce stade. C’est rassurant. En revanche, vous êtes inscrit au Fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers (FICP) dès le dépôt, et durant toute la procédure.

En général, il s’écoule 5 à 6 semaines entre le dépôt de votre dossier et la première décision de la commission. Si le dossier est déclaré recevable, vos créanciers en sont alors — et alors seulement — informés. Et c’est là que la protection commence vraiment.

Pendant cette période d’attente, continuez de payer vos factures courantes (loyer, impôts, téléphonie, énergie) et réglez vos dettes normalement. Ne rien lâcher avant la décision officielle.

Étape 3 — Les Protections Immédiates Après Recevabilité

La décision de recevabilité est le vrai tournant de la procédure. Elle déclenche un bouclier juridique immédiat. Si vous êtes sur le point d’être expulsé de votre logement, la commission peut, à votre demande, étudier votre situation et demander au juge de suspendre la procédure d’expulsion. Vos créanciers ou votre banquier ne peuvent pas mettre fin ou modifier un contrat simplement parce que votre dossier est recevable.

À partir de la recevabilité, deux règles s’appliquent simultanément — et il est essentiel de ne pas les confondre :

  • Dettes gelées (passé) : vous devez arrêter de payer vos mensualités de crédit et vos arriérés (loyers impayés, remboursements en retard). Ces montants sont suspendus jusqu’à la fin de la procédure.
  • Obligations courantes (présent et futur) : vous devez continuer à payer votre loyer du mois en cours, vos factures d’énergie, d’eau et de téléphonie. La vie quotidienne ne s’arrête pas.

Les commissions maîtrisent les délais : un peu plus d’un mois pour statuer sur la recevabilité, environ quatre mois pour proposer une solution — parmi les délais les plus courts d’Europe pour ce type de procédure.

La plus grande question à ce stade, c’est vers quelle solution la commission va vous orienter — ce que l’étape suivante explique en détail.

Étape 4 — Quelle Solution la Commission Va-t-elle Proposer ?

Il existe plusieurs issues possibles, et elles ne sont pas toutes identiques. La commission choisit en fonction de votre capacité réelle de remboursement.

Le plan conventionnel de redressement est la solution la plus courante. Quand l’appliquer : lorsque vous pouvez rembourser une partie de vos dettes, même sur une longue durée. Un plan de remboursement est établi par accord entre vos créanciers et vous, avec rééchelonnement des dettes ; en contrepartie, la commission peut vous demander des efforts de gestion, une recherche d’emploi, la vente de votre véhicule ou le déblocage de votre épargne.

Les mesures imposées interviennent quand un accord amiable échoue. Quand les appliquer : lorsque les créanciers refusent de négocier mais que vous conservez une capacité de remboursement partielle. La commission impose alors des mesures applicables à vos créanciers et à vous-même ; elles peuvent être contestées devant le juge dans un délai de 15 jours.

Le rétablissement personnel (PRP) est la solution de dernier recours — et parfois la meilleure. Quand y recourir : lorsque votre capacité de remboursement est nulle et que la situation est jugée irrémédiablement compromise. Cette procédure permet d’effacer l’intégralité des dettes non professionnelles. Si vous ne possédez pas de patrimoine significatif, un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire peut être mis en place directement par la commission.

En 2025, 1,3 milliard d’euros de dettes ont été effacés au titre du surendettement, soit près d’un quart de l’endettement global concerné par les procédures. Ce chiffre mérite d’être lu deux fois.

Étape 5 — Vivre Avec le Plan et Sortir du FICP

Le plan signé est un document officiel — conservez-le soigneusement. Et si votre situation se dégrade encore — perte d’emploi, divorce, maladie — vous pouvez déposer un nouveau dossier de surendettement. La commission examinera à nouveau votre situation.

La durée d’inscription au FICP dépend de l’issue choisie. À la mise en place de la solution définitive, vous serez inscrit au FICP pour une durée de 7 ans maximum pour un plan conventionnel de redressement ou des mesures imposées ; si vous avez un plan ou une mesure d’une durée supérieure à 5 ans, et si vous le respectez sans incident, vous serez automatiquement radié du fichier par anticipation au bout de la 5e année.

Pendant la durée du plan, vous ne pouvez pas contracter de nouveau crédit sans l’autorisation de la commission. Mais votre compte bancaire reste ouvert, et les frais de rejet de prélèvement ne peuvent pas vous être facturés. Ce n’est pas une punition — c’est une protection contre une rechute.

Ce Que les Chiffres de 2026 Révèlent sur la Crise

Au premier trimestre 2026, les dépôts de dossiers de surendettement augmentent de 14,1 % par rapport à la même période en 2025. Les demandes d’information ou d’accompagnement des particuliers auprès de la Banque de France progressent de 6,6 %, atteignant 586 255 sollicitations entre janvier et mars 2026.

L’étude de la Banque de France souligne une surreprésentation des personnes isolées et des populations les plus fragiles : une majorité de femmes, qui représentent 55 % des déposants, souvent à la tête de familles monoparentales (21 % des dossiers, contre 10 % dans la population globale).

La remontée des dépôts, amorcée à l’été 2023, reflète la persistance de difficultés financières pesant sur les ménages les plus fragiles. La moitié des surendettés interrogés déclarent que ces difficultés datent de plus de deux ans. Ce n’est pas une crise soudaine — c’est une accumulation lente que beaucoup ont tenté de gérer seuls, trop longtemps.

Déposer un dossier n’est pas une capitulation — c’est une décision financière rationnelle. Le cadre légal existe précisément pour ça.

Erreurs à Éviter Absolument Pendant la Procédure

Quelques comportements peuvent compromettre votre dossier ou aggraver votre situation.

  • Contracter un nouveau crédit après le dépôt : c’est interdit et cela peut entraîner l’irrecevabilité pour mauvaise foi.
  • Vendre ou céder des biens sans en informer la commission : s’il n’est pas possible de régler vos dettes sans envisager un effacement, la commission pourra vous demander de vendre votre résidence principale ou d’utiliser d’autres éléments de patrimoine pour payer vos dettes.
  • Ignorer les courriers de la commission : vous êtes tenu informé de toutes les décisions, que vous pouvez contester si vous n’êtes pas d’accord. Contester dans les délais — 15 jours pour un rejet — est un droit à ne pas laisser passer.
  • Payer des sociétés d’aide au dossier : la procédure est gratuite de bout en bout. Tout intermédiaire payant est à fuir.
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Conclusion

La procédure de surendettement française est, objectivement, l’un des filets de sécurité financière les plus solides d’Europe — gratuite, rapide (4 à 6 mois en moyenne), et capable d’aller jusqu’à l’effacement total des dettes. Le vrai obstacle n’est pas administratif, c’est psychologique. Agir dès les premiers signaux d’alerte, avant que les dettes ne s’accumulent sur plusieurs années, reste la décision la plus importante que vous puissiez prendre — appelez le 3414 ou consultez un Point conseil budget dès aujourd’hui.

Questions Fréquentes

  1. Combien de temps dure la procédure de surendettement de A à Z ?
    En moyenne 4 à 6 mois selon la complexité du dossier, avec une première décision de recevabilité en 5 à 6 semaines après le dépôt.

  2. La procédure de surendettement est-elle vraiment gratuite ?
    Oui, entièrement. Aucun frais à aucune étape — ni dépôt, ni instruction, ni mise en place du plan. Méfiez-vous des intermédiaires payants.

  3. Combien de temps reste-t-on inscrit au FICP après un dossier de surendettement ?
    7 ans maximum pour un plan conventionnel, mais radiation anticipée à 5 ans si le plan est respecté sans incident. 5 ans pour un rétablissement personnel sans liquidation.

  4. Peut-on déposer un dossier de surendettement si on est locataire et menacé d’expulsion ?
    Oui. La commission peut demander au juge de suspendre la procédure d’expulsion une fois le dossier déclaré recevable, à votre demande.

  5. Qu’est-ce que le rétablissement personnel et qui peut en bénéficier ?
    C’est la procédure qui efface l’intégralité des dettes non professionnelles lorsque la situation est jugée irrémédiablement compromise. Elle s’adresse aux personnes sans patrimoine significatif ou, avec liquidation judiciaire, à celles qui possèdent des biens.